Présentation

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Emmanuelle Radzyner est née à Sète en 1967. Diplômée de l'ENBA en 1991.

Un rêve, une envolée, un moment. Autant d'éléments éphémères appartenant à l'univers d'Emmanuelle Radzyner dont chacune des œuvres constitue une parcelle, un passage par lequel elle invite son spectateur à entrer. Chacun fait la démarche, l'expérience sensible, personnelle, singulière. Singulière avant tout par la conception même de l'oeuvre. Il n'est pas ici question de tourner autour d'une sculpture en trois dimensions ou encore d'être dans un rapport de frontalité comme au théâtre ou au cinéma. Il y a au contraire une immersion dans l'oeuvre tel un passage au travers du tableau ou de l'autre côté du miroir.

L'oeuvre crée l’atmosphère de l'espace et invite au silence comme dans un lieu de recueillement. La temporalité est bousculée, suspendue. Un arrêt sur image le temps d'un instant simplement pour perdre ses repères et en découvrir d'autres. C'est une histoire qui est contée à travers papiers, miroirs, eaux, lumières, bois, plumes...

Aucune prétention, presque même une légère naïveté issue de l'enfance, une sensibilité sans méprise, sans un regard conquérant sur le monde mais plutôt un œil curieux, désireux d'apprendre à le connaître.

La question de savoir si l'on comprend ou non ne se pose pas réellement ici. Ces micro-mondes parlent d'eux-mêmes et s'adressent à chacun d'une manière différente selon son affect et sa sensibilité. Cet art pourrait même être défini comme une forme de poétique visuelle.

 

Sarah Saint-Pierre

Pourquoi le papier ?

 

Pourquoi toujours vouloir comprendre les rêves ? Pourquoi ne pas plutôt les prendre simplement pour ce qu’ils sont, à savoir des créations de notre inconscient ? La première installation d’Emmanuelle Radzyner basée sur le papier est née suite à un rêve qu’elle fit. Elle se sentait apaisée dans un univers fait de mouvement, de suspension et de lumière.

Cette première œuvre marquant un des tournants les plus important tant dans sa vie que dans son art, est donc la matérialisation physique d’un de ses songes. Elle le recréa tout en gardant un des aspects principaux de son travail, à savoir le multiple.

A partir de ce jour le papier est devenu un élément récurrent dans ses œuvres. Ce matériau lui a en effet permis d’ouvrir le champ des possibles. Il peut être froissé, découpé, plié, déchiré… ce qui en fait une matière très malléable. Son apparence extérieure peut également être très variée, que ce soit au niveau de la texture, de la couleur, de la taille, de l’épaisseur… Chaque aspect est un nouvel horizon qui s’offre pour expérimenter puis créer.

Il permet également de répondre à une autre nécessité du travail de l’artiste : l’occupation de l’espace. Il est vrai que l’on n’entre pas dans une exposition de sculptures ou de peintures où l’on observe chaque œuvre individuellement, de la même manière que l’on se plonge dans une installation d’Emmanuelle Radzyner. Nous entrons littéralement dans l’œuvre et nous la visitons de l’intérieur.

La tridimensionnalité est également un choix lié au besoin de l’artiste de se confronter manuellement au matériau qu’elle utilise afin de se sentir non seulement à l’origine du concept mais également de sa réalisation complète.

C’est ainsi qu’elle imagine des histoires et qu’elle les raconte. En effet, elle choisit de détourner la fonction première du papier et contourne le blocage que peuvent créer les mots décrivant ce que nous sommes censés comprendre. Elle invente son propre langage, un langage visuel ne restreignant pas l’imagination du visiteur. Elle détourne par là même le cycle de vie du papier, matériau transformé et apparemment terminé n’attendant souvent plus que l’encre. Ici ce n’est pas le cas. Ici rien n’est comme il devrait l’être. Ici tout n’est que surprise et immersion dans un monde qui n’est pas le nôtre mais qu’elle accepte de nous faire partager.

Sarah Saint-Pierre